Baco
Baco est né à Mayotte, mais il a beau chanter en Swahili une musique qui trouve ses racines dans la musique de son île ou dans celle de Bob Marley, la chaleur si communicative de sa voix, alliée à des compositions vraiment personnelles, font de lui un auteur compositeur interprète dont on retiendra plus facilement le nom que les origines géographiques Se laisser mener en Baco, c'est se laisser glisser entre les îles de l'océan indien où, armé d'un gaboussy (guitare mahoraise), Baco pagaie entre Mayotte et l'île de la Réunion aux sons des tambours du Chigomma et Biyaya. Parfois un courant chaud, venu de Jamaïque, le fait dériver, alors il pose son gaboussy et prend sa guitare électrique. Le capitaine a dix-sept ans quand il commence à composer et dix-neuf quand il rejoint la métropole, Paris puis Marseille, où il fonde le groupe Hiriz qui se produit dans les petits concert régionaux et fait des premières parties de festivals prestigieuses (U-Roy, Kassav', Burning Spear). En 1991, il remonte à Paris, se bricole un studio, s'enregistre, enregistre ses amis. Pendant ce temps, là-bas au pays, la renommée pointe le bout de son nez. Aux découvertes RFI 94, il prend la deuxième place des lauréats de la région Afrique/Océan Indien. Alors il retourne dans les îles espérant y trouver un moteur pour sa belle embarcation. Sur place, ses belles chansons d'espoir en swahili assoient sa popularité. Il réunit alors assez de chansons pour un nouvel album et un peu d'argent pour les enregistrer.
Si pour lui Shikomori est un disque non abouti, le manque de budget l'oblige à adopter guitares et voix témoins (enregistrements rapides servant de guide pour bâtir les arrangements) comme prises définitives, le résultat est étonnant. La variété des styles abordés, la douce pertinence de sa voix et la justesse des arrangements laissent rêveur.Donnez à ce type des moyens et il pourra décrocher la Lune et, avec elle, le reste du système solaire. Mais Baco, lui, ne se contente pas de rêver. Ses bandes sous le bras, il rembarque pour la métropole, en se jurant de revenir au plus vite sur l'île y bâtir un studio d'enregistrement digital. A Paris, Night & Day devient le distributeur de Shikomori et il trouve quelques dates de concerts. Les années passent sans que les remous et les petites galères n'entachent sa détermination. Son sérieux et son talent finissent par être connus et Baco se fait accueillir par le label phare des musiques africaines : Cobalt. Lors de l'édition 2000 du festival Africolor, Baco a la lourde charge de succéder au super groupe constitué de René Lacaille, Danyel Waro et Loy Erhlich rendant hommage au poète Alain Peters. Baco, accompagné par onze musiciens, réussit à passionner un public encore vibrant d'émotions. En 2003 il s'associe au reggaeman Manjul pour un album à deux voix Martyr's blues dans lequel reggae et dub soutiennent un discours commun en faveur de l'élévation spirituelle et des libertés. Trois ans plus tard concocté à la maison pour le public des Comores, Hiji et sa pochette pastiche le pose en Tintin du tiers monde.
Benjamin MiNiMuM
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